L’Université que nous devrions vouloir, prise 2. La parole à Baillargeon

Pour ceux qui ne se sont pas lassés des débats soulevés par la grève des étudiantes et étudiants québécois au printemps 2012 et qui ont compris que les enjeux de cette grève débordaient largement le cadre étroit d’une discussion sur la justice du financement des études supérieures au Québec, je vous invite chaleureusement à lire le petit essai publié par Normand Baillargeon en 2011 aux éditions Poètes de brousse et intitulé Je ne suis pas une PME. Plaidoyer pour une université publique.
Baillargeon, professeur en sciences de l’éducation à l’UQAM, y fait une défense d’une certaine conception de l’université qu’il résume en empruntant une belle, trop belle formule à Wilhelm Von Humboldt, décrivant un lieu dédié à l’accomplissement de « la vie de l’esprit de ces êtres humains qui […] sont portés vers la recherche et l’étude » (p. 18). En seulement 85 petites pages, Baillargeon résume clairement les principaux enjeux de l’intégration actuelle de l’université au « complexe économico-industriel ». Surtout, il y présente une thèse parfaitement désespérante qui suggère que les plus ardents protagonistes de cette transformation agiraient dans la plus totale ignorance de ce qu’ils sont en train de faire subir à l’université.
Seuls regrets : le livre ne dure que 85 pages. Du coup, Baillargeon ne fait que survoler l’impact délétère sur les missions de l’université, des nombreuses failles observées dans l’ensemble du système d’éducation au Québec (et, à ce sujet, j’aurais bien aimé savoir ce qu’il pense du rôle des CEGEP dans cette catastrophe). Il ne développe pas trop, non plus, la perspective internationale (qui, soi dit en passant, pour ce que j’en connais, ne peut que fragiliser les dernières lueurs d’espoir encore entretenues par ceux qui croient qu’il existe ailleurs quelque refuge à la tradition universitaire). Enfin, si Baillargeon explique bien les particularités d’un enseignement proprement universitaire, il ne dit rien de ce qu’est cette activité d’« étude » dans laquelle la tradition universitaire engage tous ses membres, qu’ils soient diplômés ou candidats aux diplômes.

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