idebium et Bibliothèque centrale de Helsinki. Approches convergentes de l’utilisation des conjectures dans les démarches de conception participative

Cartes de conjecture utilisées lors des ateliers de codesign

Dans un article récent, Hyysalo et Hyysalo (2018), offrent une description riche et circonstanciée du dispositif collaboratif mis en œuvre dans le cadre du développement de la nouvelle bibliothèque publique centrale de Helsinki. La stratégie empruntée montre de nombreux points de convergence avec celle déployée dans le cadre de idebium. En outre, les deux démarches valorisent l’apport publicitaire des démarches participatives, leur capacité à générer une conversation à l’intérieur d’une communauté, favorisant l’acceptabilité sociale d’un projet. Un tel impact est, au mieux, considéré trivial par les designers, voire antinomique à la pratique. À raison, Hyysalo et Hyysalo en démontrent les vertus. De plus, la dimension collaborative de la stratégie finlandaise s’est largement appuyée sur la production, la diffusion et la critique publique de « rêves de bibliothèque ». Ces idées, ébauches de concepts produites par les citoyens et recueillies sur différentes plateformes numériques et physiques, entretiennent de nombreuses similitudes avec les conjectures développées dans le cadre de idebium et exposées au cours de l’automne 2018, à la bibliothèque du Pavillon Marie-Victorin.

Les rêves, tout comme les conjectures, constituent des objets intermédiaires qui remplissent deux rôles dans le processus de design. D’abord, il s’agit d’ébauches de concept issues d’un travail d’imagination et destinées à concrétiser, à donner une forme narrative ou schématique, aux propositions produites dans le cadre d’un effort d’innovation. Les rêves et les conjectures tiennent également lieu d’objets transactionnels entre les designers, ou l’équipe-projet, et les usagers, quelque soit leur rôle. La diffusion des rêves permet d’ouvrir et d’entretenir un dialogue asynchrone entre les groupes concernés par le projet. La principale différence observée entre le dispositif utilisé à Helsinki et celui mis en œuvre dans idebium, tient aux modalités de génération de ces objets intermédiaires. Dans le cas de la bibliothèque de Helsinki, les rêves ont été l’expression directe des besoins, envies et aspirations des usagers et citoyens de la ville, alors que les conjectures produites dans le cadre de idebium, sont d’abord issues du travail des concepteurs eux-mêmes, bien que les usagers aient été également invités à contribuer à cette campagne de conjectures.

L’impact de la mise en public de tels objets intermédiaires de conception nécessite  de plus amples explorations. Hyysalo et Hyysalo (2008) soulignent la difficulté éprouvée par l’équipe-projet de la bibliothèque de Helsinki, à canaliser et surtout analyser ces objets intermédiaires afin d’en tirer profit sur le plan de la conception. C’est également un constat que nous avons pu faire, bien que la production des conjectures ait été beaucoup plus restreinte pour idebium (45 conjectures) que pour Helsinki (3000 rêves). De même, le rôle de la conjecture dans la génération d’idées doit être précisé. Leur caractère provisoire et, d’une certaine façon, abstrait se conjugue mal avec leur mise en public. Enfin, la paternité de ces objets intermédiaires, produits par les usagers ou par les concepteurs, triés et interprétés par les équipes-projets, soulève des questions quant à leur capacité à porter les aspirations des usagers.

À lire :

Hyysalo V., Hyysalo S., 2018, « The Mundane and Strategic Work in Collaborative Design », Design Issues, 34, 3, p. 42‑58.

Laisser un commentaire